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Mon enfant écrit en miroir : quand faut-il que je m’en préoccupe ?

24 juin 2024

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Lorsqu’un enfant trace ses lettres et ses chiffres en miroir, les parents s’en inquiètent généralement assez vite, craignant que ce soit symptomatique d’un trouble. Pourtant, c’est un phénomène courant que l’on observe lors des premiers apprentissages en écriture. Et en réalité, il est assez fréquent que les enfants n’écrivent que partiellement en miroir, c’est-à-dire uniquement quelques lettres ou chiffres. Pourquoi les enfants écrivent-ils ainsi ? D’où vient ce phénomène ? Mon enfant produit une écriture en miroir : quand dois-je m’inquiéter ? Que faire quand cela perdure ? Autant de questions auxquelles nous allons essayer de répondre dans cet article.

 

Pourquoi les enfants écrivent-ils en miroir ?

 

Depuis le début du XXe siècle, de nombreux spécialistes se sont penchés sur la question puis les neurosciences ont permis de mieux comprendre cette difficulté qu’ont certains enfants lorsqu’ils produisent des lettres ou des chiffres sur papier.

 

Que signifie « écrire en miroir » ?

 

L’écriture en miroir, appelée aussi écriture spéculaire, qualifie le tracé de caractères inversés. Les lettres et/ou les chiffres sont écrits comme s’ils se reflétaient dans un miroir. On peut distinguer l’écriture en miroir partielle ou totale. Dans le premier cas, cela ne concerne que quelques lettres ou chiffres alors que dans le second, il arrive que les lettres d’un mot soient écrites de droite à gauche et que les mots d’une phrase soient placés de droite à gauche.

 

Illustration de quelques chiffres et lettres que les enfants peuvent écrire en miroir

 

Dès leur plus jeune âge, les enfants doivent intégrer le sens conventionnel de l’écriture et de la lecture, de gauche à droite pour notre alphabet latin. Ils doivent ainsi comprendre que ce qui est le plus à gauche est avant, c’est-à-dire le point de départ. Or, l’inscription du temps dans l’espace est tout sauf évidente pour des jeunes enfants.

Ajoutons à cela que notre cerveau est conçu pour percevoir comme étant la même chose des images inversées en miroir. Autant d’obstacles qui rendent l’intégration de la représentation correcte des caractères difficile.

 

Comment explique-t-on ce phénomène ?

 

Jusqu’à ce jour, plusieurs thèses ont été avancées afin d’expliquer l’écriture en miroir chez les enfants mais aucune n’a été validée. 

En 1925, Orton émet l’idée que l’un des hémisphères cérébraux représenterait correctement les lettres alors que l’autre le ferait en miroir.

Avec leur grammaire de l’action, Goodnow et Lévine en 1973, font apparaître un ensemble de règles motrices qui régissent la copie de formes géométriques par les enfants. Ils formulent le postulat que l’écriture en miroir résulterait d’une application inadéquate de ces règles. Or, ces dernières ne sont pas toujours transposables au tracé de l’ensemble des formes existantes et elles doivent bénéficier de l’adhésion des enfants, ce qui dépend bien entendu de leur âge et de leur intérêt.

En 2007, Della Sala et Cubelli émettent l’hypothèse que les programmes moteurs des enfants pour écrire les lettres et les chiffres, possèdent une information sur la forme mais pas sur la direction soit parce qu’ils ne l’ont pas encore apprise, soit à cause d’un dommage (lésion cérébrale). Ils nomment « apraxie directionnelle », cette absence d’information directionnelle pertinente pour l’écriture. 

C’est cette même année que Stanislas Dehaene expose sa théorie du recyclage neuronal qui rejoint celle de Della et Cubelli à savoir qu’il existe une période du développement au cours de laquelle les enfants connaissent les formes des lettres mais pas la direction pour les tracer.

 

Écriture en miroir : quand s’inquiéter ?

 

Une étape normale dans le développement des enfants

 

Nous l’avons vu précédemment avec les théories de Della Sala, Cubelli et Dehaene, il existe une période dans le développement de l’enfant durant laquelle il ne peut pas traiter l’information de la direction et de l’orientation gauche/droite lors de la mise en mémoire d’images et dans le tracé de caractères. Voilà pourquoi on remarque chez l’élève de maternelle que la région visuelle qui doit servir à la lecture reconnaît des formes telles que les visages et les objets mais qu’elle ne répond pas encore bien aux lettres.

Autrefois, dans un contexte de survie, il était très avantageux de reconnaître un visage, un arbre, un tigre sous n’importe quel angle. C’est le principe de l’invariance en miroir décrite par Stanislas Dehaene. Mais quand il s’agit de l’apprentissage de la lecture, c’est un sacré désavantage. L’enfant doit distinguer des lettres visuellement proches comme le p et le q, le b et le d alors que son système les voit identiques. En effet, cette région visuelle assimile les différentes vues symétriques en miroir à un seul et même objet

2 photos de tigres dont l'une en miroir

C’est pourquoi il est tout à fait normal que tous les enfants, qu’ils soient droitiers ou gauchers, confondent à un moment ou à un autre ces lettres en miroir. Le cerveau a besoin de temps pour se détacher de la généralisation par symétrie qui est opérationnelle depuis son plus jeune âge et désapprendre cette ressemblance entre ces lettres

On comprend alors le rôle crucial de l’apprentissage de l’écriture en parallèle de celui de la lecture. Apprendre le geste peut lever l’ambiguïté de l’orientation des lettres : les enfants mémorisent ainsi le sens et la trajectoire du tracé.

Le ministère de L’Éducation nationale vous propose cette vidéo si vous souhaitez en savoir plus sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture selon Stanislas Dehaene.

 

Le signe qui indique qu’il faut réagir

 

Alors que certains enfants développent assez facilement cette capacité d’asymétrie nécessaire à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, d’autres persistent dans le tracé des caractères en miroir. Mais avant l’âge de 7-8 ans, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Stanislas Dehaene explique que cela peut même perdurer jusqu’à 8-10 ans.

Mais il subsiste la crainte chez les parents que l’écriture en miroir soit précurseur d’une dyslexie. Certes, c’est un symptôme que l’on retrouve chez les enfants dyslexiques mais ce seul signe ne peut absolument pas permettre de conclure à la présence ce trouble.

Au-delà de 8 ans, vers le CE2, si l’écriture en miroir persiste, il faudra être vigilant et intervenir afin que l’enfant soit guidé plus spécifiquement.

 

Que faire si mon enfant écrit en miroir ?

 

Nous l’avons vu précédemment, une fois le CE1 passé, si un enfant continue de tracer des chiffres et/ou en miroir, il est important de lui apporter un étayage plus soutenu afin de l’aider à se détacher de cette perception symétrique. 

 

Consulter un professionnel

 

Cette démarche permettra de vérifier dans un premier temps qu’aucun trouble ne perturbe votre enfant puis dans un second temps, de mettre en place un suivi si nécessaire.

En effet, de la GS au CE1 (troisième maternelle à la P2 en Belgique), les enfants bénéficient d’une approche systématique et explicite de l’apprentissage du geste d’écriture et s’ils éprouvent encore des difficultés au-delà, il est important d’en chercher la cause.

Si l’écriture en miroir est associée à d’autres difficultés d’écriture ou à des difficultés motrices, graphiques, en lecture voire en mathématiques, un orthophoniste ou un logopède, pourra réaliser un bilan complet de votre enfant.

Le psychomotricien et l’ergothérapeute pourront évaluer l’ensemble des fonctions psychomotrices afin de percevoir le rapport de l’enfant avec son environnement. Ils permettront de diagnostiquer un trouble et d’en évaluer l’intensité grâce à un bilan de la motricité et des fonctions cognitives. La sphère du premier est plutôt psycho corporelle, c’est-à-dire qu’il évalue l’impact des difficultés psychologiques et émotionnelles sur le corps. Tandis que la sphère du second est plutôt celle de l’impact de la santé sur les gestes du quotidien. Ces deux disciplines sont complémentaires.

Ces praticiens sont à même de mettre en place un suivi afin de répondre aux besoins de votre enfant en fonction des diagnostics établis.

Un graphopédagogue ou un graphothérapeute pourront compléter un suivi afin de travailler de façon plus spécifique sur l’amélioration du geste d’écriture en entreprenant une rééducation.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet, consultez notre article Problème d’écriture : qui consulter ?

Mettre en place des activités à la maison ou à l’école

 

Parent ou enseignant, vous pouvez mener des activités afin d’accompagner les enfants qui écrivent en miroir pour les mener vers une intégration de la bonne orientation des lettres et des chiffres.

Comme cette difficulté relève de la perception visuelle, l’approche à privilégier est celle d’avoir recours aux autres sens pour intégrer l’orientation des lettres. C’est l’approche multisensorielle.  

Cela se traduit par un recours aux activités tactiles, auditives, kinesthésiques et visuelles.

Diverses activités sont assez simples à mettre en œuvre :

  • tracer les lettres ou les chiffres dans les airs pour expérimenter une autre dimension.
  • proposer différents médiums pour les tracer afin de varier les approches kinesthésiques : dans la farine, le sable, la semoule, etc. 
  • multiplier les outils : des feutres, des craies, des crayons vibrants, de la pâte à modeler, de la laine, etc.

 

Des chiffres ont été réalisés en pâte à modeler

Extrait du blog des écoles de la Charente

 

  • diversifier les postures : sur un tableau, au sol, assis, allongé sur le sol, les yeux fermés, etc.

 

L’utilisation de lettres ou de chiffres rugueux, est efficace dans cette approche multisensorielle. Vous en trouvez dans le commerce ou vous avez la possibilité d’en fabriquer.

 

Lettres rugueuses fabriquées "maison"

Extrait du site Tête à modeler

 

Des méthodes associent les sons aux tracés, à essayer si votre enfant est réceptif à l’écoute !

Quoiqu’il arrive, il est essentiel de travailler sur le repérage dans l’espace et d’utiliser son corps pour comprendre le sens et la trajectoire des tracés. C’est que préconise Danièle Dumont dans son livre Le geste d’écriture.

Faites le plein d’idées avec notre article Préparer votre enfant à l’écriture : 10 activités efficaces

 

Alors, pour l’écriture en miroir, quand faut-il s’inquiéter ? Pas avant le CE2 (P3 en Belgique), car avant c’est un phénomène courant et naturel. Le cerveau, dès la naissance, a appris à traiter les images de façon symétrique sans tenir compte de leur orientation. Petit à petit, l’enfant va apprendre à se détacher de cette capacité et va intégrer le sens et la trajectoire du tracé des lettres et des chiffres. Si cela persiste après le CE1, un coup de pouce afin d’aider l’enfant sera sûrement nécessaire. S’assurer qu’aucun trouble ne nuise à l’acquisition de cette compétence est primordial pour accompagner au mieux l’élève qui écrit en miroir.

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